Texte publié dans le premier numéro de la revue Ascendance

Oh mes aïeux !


Quand on parle d’ascendance et d’ancêtres, on pense souvent à la sagesse et au respect. Pendant longtemps, respecter les anciens était un devoir. Peu importait si les anciens en question étaient plus cons que sages, ou encore si eux-mêmes ne respectaient rien. C’était la tradition, une obligation qui taisait son nom.
Ce que la « tradition » oubliait, c’est que nos parents et grands-parents, ils sont humains. Tous différents, tous perfectibles. Pourquoi devrions-nous glorifier toutes les personnes âgées sans distinction alors que certaines sont totalement indignes, ayant fait vivre et parfois faisant encore vivre un véritable enfer à leurs descendants ?
Je ne suis pas pour le respect inconditionnel. Le respect, ça se mérite, et ça, dans les deux sens. Avec une plus grande flexibilité pour les enfants, puisqu’eux, ils apprennent encore tout, ils grandissent, ils partent de zéro. Et le respect, c’est comme marcher, manger, communiquer : ça s’apprend.
De nos jours, les choses changent petit à petit, ponctuées par les éternelles récriminations : « toute façon aujourd’hui, les enfants-rois bla-bla-bla » « de mon temps, une bonne claque bla-bla-bla ». Lentement donc, mais sûrement. Et j’ajouterai : heureusement.
Car respecter les anciens, je suis pour… s’ils me respectent aussi.
Je suis pour… si je suis digne de ce respect.
Car j’en suis une, d’ancienne, ayant dépassé le demi-siècle d’existence. Et si je n’ai plus toutes mes dents, j’ai par contre des enfants. Des enfants que j’éduque au mieux, avec mes biais et mes limites. Des enfants qui m’apprennent à mûrir autant que je leur apprends à grandir. Je fais mon possible pour éviter d’être de la vieille vinasse qui soûle et qui fait mal.

Quand on parle d’ascendance, on pense à un bel arbre majestueux et à une sève commune qui coulerait dans nos veines. Mais ce qui lie réellement les membres d’une même famille, ce n’est pas le sang, c’est l’amour.
Et l’amour, c’est comme le respect, ce n’est pas un dû.
Dans une famille, les branches sont souvent multiples. Il s’y trouve des individus qui t’offrent le bonheur d’une attention délicate, et d’autres aussi durs dans leurs mots que dans leurs actes. Ceux qui t’offrent refuge et laissent de beaux souvenirs dans ton cœur, et ceux qui sont tellement obnubilés par leur dressage qu’ils oublient de transmettre leur amour au passage.
L’impact de nos aïeux sur nous est indéniable. Car ce que nous ont transmis nos parents et autres ascendants, nous vivons avec toute notre vie.
Le bon, comme le mauvais.
Lorsque je vois des adultes, des anciens, souffrir encore tellement de leur propre enfance qu’ils en perdent le recul nécessaire pour comprendre leurs enfants et petits-enfants, cela m’attriste énormément. Ce sont des adultes, oui, mais des adultes dont l’enfant intérieur est toujours en souffrance.
En tant que descendants, nous héritons aléatoirement du meilleur comme du pire. Parfois l’un ou l’autre, souvent un mix des deux. Et ce que nous conservons de cette bouillie d’émotions, c’est ce que nous transmettons à notre tour.
C’est pour cette raison que, quelles que soient nos racines, il est important de savoir s’en détacher pour n’en garder que le meilleur. Il est important de comprendre son enfant intérieur pour aider les enfants qui nous entourent à grandir sans rancœur. Il est important d’obtenir le recul nécessaire qui permet de cesser de confondre toutes les enfances.
En tant qu’ascendants, choisissons de transmettre nos joies, plutôt que nos peines. Notre amour, plutôt que notre haine.

Quand on parle d’ascendance, on en parle avec le cœur. On parle d’amour, de blessures, et d’héritages invisibles. Ce que nos aïeux ont gravé en nous, nous le portons, mais nous ne sommes pas tenus de le répéter. Nous pouvons choisir : faire de nos racines un ancrage ou une prison.
Car transmettre, ce n’est pas reproduire ; c’est apprendre, améliorer, et ensuite seulement, faire passer.
Et si nos aïeux vivent encore en nous, alors faisons en sorte qu’ils y vivent en paix.

Photo de Jeremy Bishopsur Unsplash
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